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| Présence de Dominique de Roux |
Frédéric Guchemand :: 13 08 07 :: 8:55 T.U.
Dans un essai aux accents très personnels, Philippe Barthelet salue, trente ans exactement après sa brutale disparition, l'insaisissable Dominique de Roux. Autant le signaler d'autorité: cette lecture est à déconseiller au profane qui désirerait aborder un destin aussi mouvant en empruntant un parcours clairement balisé - mais ne serait-ce pas faire la pire des injures à l'auteur de Ne traversez pas le Zambèze que de vouloir l'enfermer dans un quelconque carcan, sous le maigre prétexte que son œuvre terrestre est achevée?
Le portrait dressé, fait de touches et de retouches, propose la coupe anatomique d'une âme, plutôt Que son évolution, Démarche originale donc que celle adoptée dans cette biographie synchrone, où le caractère du personnage semble primer sur sa trajectoire, où la vie n'est finalement qu'un enchaînement d'accidents, de bifurcations et d'aléas qui se grefferaient sur un donné immuable, Cet effet de courbe rentrante est d'ailleurs confirmé par la définition que, dans Immédiatement, de Roux suggérait au sujet de sa principale préoccupation: " Si la littérature approche et rencontre parfois la vérité, c'est qu'elle est un des chemins détournés du retour à la vie " .
L'un des chapitres les plus touchants de l'ouvrage, arrivant opportunément après les pages sur l'enfance, est celui consacré à L'Herne, cette. revue. Oe terme résonne ici dans sa dérisoire étroitesse), véritable laboratoire perdu au cœur de quel labyrinthe de papier, où se croiseront dès février 1956 et pour vingt ans, toutes les audaces et toutes les fulgurantes. Barthelet n'hésite pas à invoquer Rimbaud, Apollinaire ou encore Eliphas Lévi pour placer ce beau monstre sous le sceau de l'illumination pure, mais c'est à l'intéressé que revient le dernier mot sur le projet: L'Herne est une " entreprise parmi d'autres de lucidité et de déniaisement Telle est la raison de son apparent disparate, L'Herne est une anti-démagogie " . Elle laissera toutefois dans son sillage une impressionnante série de jalons, auxquels doit nécessairement s'arrêter celui qui ambitionne de décortiquer la cervelle d'un siècle hautement convulsionnaire, On sait aussi que, telle l'hydre homonyme, les tètes de la créature ne cesseront de pousser de ci de là, notamment quand seront fondées les Éditions de l'Herne. en 1962, avec la volonté d'y évoquer " des individus, non des thèmes et des sujets.
De Roux apparaît dans tout son panache: " pêcheur d'écrivains " comme d'autres avant lui se firent " pêcheurs d'hommes " , il sut imposer au présent, à son présent, le message de proscrits d'un âge révolu et leur sagesse rabique. De même, quand Barthelet aborde les rapports de l'homme au gaullisme, il se détache d'emblée de la considération politicienne pour expliquer l'idéal performatif que de Roux entrevit dans les discours du Général après 1962 : écriture et action s'y entremêlent, dans une héraldique centrale et, partant, supérieure.
Au-delà de la parole, le livre regorge de photographies peu courantes ou de clichés de famille, autant de figements dans le bruissant silence de la bibliothèque, lors d'une séance de travail dans une chambre d'hôtel ou au moment d'embarquer dans un avion avec Maurice Ronet Voilà qui contribue à nourrir la réflexion autour du fameux «Qui suis-je ? " qui régit l'esprit de cet hommage, À bien tendre l'oreille, on percevra même, au détour d'une citation, l'esquisse d'une réponse sous la plume de Dominique de Roux en personne: «Un homme qui aura seulement menti de manière angélique " .
Source : Éléments 125